aKoma névé, récente compagnie régionale fait partie de
la sélection de
jeunes chorégraphes que le CDC Danse à Lille s’engage en
partenariat avec le CCN Roubaix et le Garage Cie L’Oiseau
Mouche à accompagner et à diffuser dans le cadre de sa mission au
développement des jeunes créateurs en danse
contemporaine.
Une fois
de plus le choix rigoureux de Catherine Dunoyer de Segonzac
s’avère juste et, a été bien reçu par le public qui dès la
première, a ovationné ce spectacle au propos très
singulier.
Précédemment, lors des manifestations
« Goûtez ma danse », Repérages et des parcours Nuit des
musées, nous avions bien repéré cette belle danseuse à la plastique
athlétique et la gestuelle assurée par un visible et exigent
travail du corps.
La danse
d’Isida Micani
se fait pour cette pièce danse “albanaise dans une
interprétation d’un fait social et ethnique, d’une
coutume ancestrale bien étrange
d’Albanie dont elle est originaire.
L’identité et la question du genre se trouvent ici mis en
exergue par une danse solidement maitrisée par cette jeune
chorégraphe dont le parcours d’interprète éclectique
signe sa singularité.
Avec
Hana, Isida Micani nous convie de manière très
explicite à découvrir
un fait social, une coutume ancestrale inspirée des lois du Kanun encore en
vigueur en Albanie. Au travers de son expérience et de la recherche
que la chorégraphe a menée sur ce mode de société dominée par les
valeurs patriarcales, la loi du groupe et la filiation. La pièce
Hana se situe à la frange d’une analyse psychologique qui
s’énonce par une proposition chorégraphique claire. Le
mouvement dansé est la base du vocabulaire de cette pièce manifeste
dont le concept de la construction identitaire est le
sujet.
Les
vierges jurées.
Si
l’identité est toujours la manière de prendre conscience de
soi, de se reconnaître parmi ses pairs et de savoir qui nous
sommes, c’est toujours par interaction entre l’individu
et le groupe
qu’elle se définit. Le choix non sexué de changer de statut par ces
femmes promues au rôle masculin de chef de famille les oblige à
refuser tout acte sexuel et par conséquence la procréation leur est
interdite. C’est à partir de cette dépossession de la
féminité que le travail des danseuses se construit dans une suite
d’actions performatives.
La
difficulté à ne pas se complaire dans une pantomime caricaturale et
grotesque de la virilité est heureusement contournée par le jeu de
passage d’un état à un autre où il est parfois délicat de se
situer.
Les
écrans, éléments de décor participent à ce stratège scénique se
faisant à la fois réflecteur et récepteur, lieu mystérieux de
métamorphose entre apparition et disparition.
L’expérience des techniques du corps est au
cœur de la problématique identitaire, elle se fait sentir par
des états de danse poussés à l’extrême pour les interprètes
qui assurent de manière frontale une physicalité à son
paroxysmique.
La force
et la clarté des mouvements et trajectoires dessinent une chorégraphie puissante
parfois brutale où
les accessoires se font éléments de narration
symbolique.
Spike
son fidèle
comparse
l’accompagne et porte la création dans un univers esthétique
fait de sons et d’images dont il détient apparemment tous les
secrets. La symbiose des éléments qui composent la vision du
spectacle se révèle par la métamorphose des corps sur la scène et par
l’interactivité de la danse et de la vidéo. La projection des
images floues sur les éléments architecturaux qui composent ce
décor abstrait fabrique un univers ou rien ne semble fixé dans le
temps et où l’imaginaire du spectateur se voit
confondu.
Hana,
Lune en dialecte albanais ou, une version à la fois violente
et sensible du mythe de la métamorphose d’un corps, là
où la question de la faiblesse féminine ne se pose
plus.
J’ai encore oublié de vous envoyer des
roses.
Pascale Logié-Broussart. 23 10 2009
http://lilledissidanse.unblog.fr/
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